Des années que l'horreur de ce texte ne m'a pas parue aussi positive.
Une trace du passé.
Des cendres aux cendres. Il ne reste plus rien, que des morceaux épars que ton cadavre riant ne pourra jamais rassembler. Toutes tes tentatives seront à jamais vaines et ne seront que le reflet des vers acides qui rongent ton crane blanchit par les ans. Agite ta mandibule osseuse, brasse l'air mais tes os qui cliquètent ne m'atteignent plus. Je suis tel le corbeau, l'aigle aux reflets noir et mon œil jaune guète tous les recoins de mon domaine immense. Ses frontières sont si lointaines que ni le vent, ni les sylphes n'osent s'y aventurer, de peur d'y être happés éternellement, perdus dans tes orbites creuses. Toi l'intolérable garce qui se rappelle à moi, qui étends tes bras décharnés autour de mon spectre. Mais tu ne me fais pas peur, je ne vois plus en toi que l'incarnation souffreteuse d'un destin qui ne fut pas le mien. Je te hais, je te rejette et je vomis, comme le vampire sa bile noire. Tu n'étais que ce qui m'avait rendu vivant, mais je te préfère les statues. Ces morceaux de pierre inanimée dont le regard est si puissant qu'il fait frémir ceux sur lequel il se pose. Je veux être d'un blanc d'albâtre, être un colossal monstre, une créature de chimère. Ni humain, ni réellement mythique. Un hybride splendide à l'aura puissante. Je ne veux plus jamais être ta proie, je ne cèderais plus jamais à la mélancolie profonde de ton cerveau vide. Et la mélasse poisseuse qui te sert de voix n'atteindra plus jamais mon cœur. Qui battra bien plus fort, bien plus vite qu'avant. Et tu auras peine à t'y accrocher ma pauvre, ma toute petite peine car tu ne seras plus qu'une trace du passé.